Favoritisme familial chez l’enfant, ces impacts qu’il vaut mieux prévenir

Le favoritisme familial ne se limite pas à une simple préférence passagère. Il s’ancre dans les gestes du quotidien, s’immisce dans les échanges, s’invite à la table, parfois sans que l’on s’en rende compte. Derrière les sourires ou les silences, il creuse des écarts qui pèsent lourd sur la vie familiale. Quand un parent accorde systématiquement son attention ou ses encouragements à un enfant en particulier, c’est toute la relation entre frères et sœurs qui se tend. Les enfants délaissés peuvent finir par ruminer un sentiment d’injustice, se comparer sans cesse et voir leur confiance vaciller.

Ce déséquilibre n’est pas sans conséquence. L’enfant mis de côté grandit avec une impression d’infériorité, tandis que celui qui bénéficie des faveurs parentales risque d’hériter d’un poids, celui d’être à la hauteur d’attentes parfois démesurées ou de développer un sentiment de supériorité. Pour chaque enfant, l’enjeu est de taille : préserver l’équilibre émotionnel et la cohésion familiale.

Qu’est-ce que le favoritisme familial ?

Le favoritisme familial, ou favoritisme parental, désigne cette attitude où un parent adopte des comportements différents envers ses enfants, consciemment ou non. Ce déséquilibre, qu’il soit discret ou évident, façonne la dynamique familiale et laisse des traces durables.

Origines et manifestations

L’histoire d’Esaü et Jacob, relatée dans la Bible, montre que le favoritisme parental traverse les générations. Isaac, le père, affichait une préférence pour Esaü, tandis que Rébecca chérissait Jacob. Mais les visages du favoritisme sont multiples, et il prend souvent la forme de gestes anodins. Voici quelques exemples concrets de manifestations fréquentes :

  • Une attention ou une affection partagée de façon inégale, laissant un ou plusieurs enfants en retrait,
  • Des récompenses qui tombent toujours sur le même enfant, ou des sanctions qui semblent réservées à certains,
  • Des comparaisons répétées, qui installent une hiérarchie tacite dans la fratrie.

Conséquences pour les enfants

Subir le favoritisme parental n’est jamais anodin. Pour l’enfant qui se sent moins reconnu, la blessure peut prendre la forme d’un sentiment persistant d’injustice, d’une jalousie difficile à canaliser, ou d’un manque de confiance qui s’installe. À l’inverse, l’enfant favorisé porte la charge d’être « l’exemple » ou de satisfaire des attentes élevées, ce qui peut freiner son épanouissement. Dans les deux cas, l’équilibre psychologique en pâtit.

Répercussions sur les relations fraternelles

Quand un parent affiche une préférence, la rivalité entre frères et sœurs s’intensifie. Les tensions deviennent le quotidien, la complicité laisse place à la compétition, et la confiance au sein de la fratrie s’effrite. Ce climat peut compromettre la qualité des relations sur le long terme, même une fois adultes.

Les conséquences du favoritisme sur les enfants

Les effets du favoritisme familial ne s’arrêtent pas à l’enfance. L’impact sur la santé mentale et le bien-être se prolonge bien souvent au fil des années. Un enfant mis à l’écart peut développer un sentiment d’injustice, se replier sur lui-même ou se montrer envieux. De telles émotions fragilisent l’estime de soi et peuvent ouvrir la voie à des troubles anxieux ou dépressifs. Quant à l’enfant favorisé, la pression que font peser les attentes parentales peut freiner sa construction psychologique.

Impact sur le bien-être physique et psychologique

Les recherches pointent une corrélation nette entre favoritisme parental et troubles de la santé mentale. Parmi les difficultés observées, on retrouve :

  • Des crises d’anxiété qui s’installent dans la durée,
  • Des épisodes dépressifs récurrents,
  • Des troubles du comportement, visibles à l’école ou à la maison.

Parfois, ces enfants adoptent des réactions de rejet ou développent des conduites à risque, s’isolant peu à peu ou cherchant à s’opposer à l’autorité. Les problèmes relationnels avec les pairs deviennent également plus fréquents.

Relations familiales et sociales

Au sein de la famille, le favoritisme tend à fissurer les liens fraternels. Les conflits deviennent récurrents, la solidarité laisse place à l’indifférence ou aux règlements de comptes. Ces tensions, si elles se prolongent, compliquent la vie d’adulte : la reconstruction de relations saines au sein de la fratrie devient un défi, et la confiance mutuelle reste fragile.

Effets à long terme

La trace du favoritisme se devine parfois bien des années après. Manque de confiance en soi, difficultés à se positionner dans un groupe, instabilité émotionnelle… Autant de séquelles qui nuisent à la réussite professionnelle, à la vie sociale et à la capacité à nouer des relations équilibrées.

Les impacts sur les relations familiales

Au fil des années, le favoritisme parental grignote les fondations des relations fraternelles. L’enfant qui se sent délaissé nourrit une jalousie tenace, qui s’exprime dans les disputes ou la compétition pour attirer l’attention du parent. Cette tension permanente donne naissance à un climat pesant, où la solidarité familiale peine à émerger.

Conséquences à long terme

Ce déséquilibre ne s’efface pas toujours avec le temps. Devenus adultes, les frères et sœurs qui ont grandi dans une atmosphère de favoritisme peinent à tisser des liens apaisés. Le ressentiment s’invite dans les réunions de famille, les souvenirs douloureux refont surface et compliquent toute tentative de rapprochement sincère.

Études et témoignages

Les travaux d’Alexander Jensen (Brigham Young University) et de Katherine Conger (Université de Californie) confirment que le favoritisme parental a des répercussions bien au-delà de l’enfance. Le sentiment d’insécurité émotionnelle s’installe et freine la capacité à construire des relations familiales solides. Les récits de Delphine Limousin et Anne-Marie Sudry en témoignent : ils racontent des parcours marqués par des conflits familiaux non résolus, des familles où la rivalité et la distance perdurent, malgré les années.

favoritisme familial

Comment éviter le favoritisme familial ?

Pour limiter les risques de favoritisme parental, plusieurs spécialistes proposent des pistes concrètes. Madigan et Jenkins, expertes du développement de l’enfant, insistent d’abord sur l’observation des comportements parentaux : repérer les automatismes, réfléchir à la façon dont les gestes quotidiens peuvent être perçus par chaque enfant.

Audrey-Ann Deneault, chercheuse à l’université de Calgary, met l’accent sur la qualité de la communication au sein de la famille. Elle recommande de discuter régulièrement avec chaque enfant, d’écouter activement leurs ressentis et de prendre au sérieux leurs besoins. Cette démarche réduit le risque de malentendus et aide à apaiser les jalousies. Pour aller plus loin, voici des attitudes à privilégier dans la vie de tous les jours :

  • Éviter les comparaisons directes entre les enfants,
  • Offrir à chacun du temps individuel, sans distraction,
  • Mettre en avant la coopération et l’entraide plutôt que la compétition.

Audrey-Ann Deneault ajoute qu’il importe de valoriser les efforts de chaque enfant, indépendamment des résultats obtenus. Ce regard bienveillant permet à chacun de se sentir apprécié pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il réalise.

Anne-Marie Sudry, psychanalyste, invite aussi à veiller à une répartition juste des tâches et responsabilités familiales. Cette équité, même imparfaite, désamorce bien des rancœurs et contribue à créer un climat plus serein.

En adoptant ces réflexes, les parents peuvent limiter les effets délétères du favoritisme et offrir à chaque enfant la possibilité de s’épanouir dans un environnement respectueux et équilibré.

Chacun porte sa propre histoire familiale, mais il reste toujours possible d’inventer une suite plus apaisée. Là où le favoritisme a semé la rivalité, d’autres choix peuvent aujourd’hui ouvrir la voie à une fraternité retrouvée.

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